Qu’est-ce qu’un compteur d’énergie intelligent ?

Les compteurs intelligents remplacent peu à peu partout en Europe les anciens modèles. Source : journaldunet.com

Destiné à remplacer les compteurs classiques, le compteur intelligent est déjà présent dans de nombreux pays européens. Mais la Belgique est à la traîne : le déploiement de cet appareil a pris beaucoup de retard. Alors avant qu’il ne soit installé partout, nous vous proposons de déjà nous intéresser à son principe !

Définition du compteur intelligent

Le compteur intelligent est un appareil électronique de nouvelle génération. Il permet de mesurer précisément votre consommation énergétique en temps réel. Il est qualifié de compteur communicant car il transmet par différents canaux (courant porteur, internet et téléphone) les informations qu’il a récoltées au gestionnaire de réseau de distribution (GRD). Pratique, il peut également être relevé automatiquement.

Ce suivi en temps réel est précieux pour mieux maîtriser vos consommations en gaz et électricité. Grâce à lui, vous pouvez réaliser plus facilement des économies en comprenant vos dépenses. Mais vous allez le voir, cette transformation des réseaux électriques en réseaux intelligents, appelés « smart grids », est loin de faire l’unanimité.

Fonctionnement du compteur intelligent

Le but premier du compteur intelligent est identique à celui des autres appareils : calculer votre consommation d’électricité et de gaz. La différence réside en fait dans la technologie utilisée : ici, l’équipement est relié à un réseau de communication. Et c’est justement cette connectivité qui lui confère tout son intérêt. En effet, grâce à elle, l’appareil peut par exemple être piloté à distance. Résultat, votre GRD obtient un gain de temps considérable lorsqu’il doit procéder à des manœuvres telles qu’une ouverture ou fermeture du compteur ou à une diminution ou augmentation de la puissance du compteur.

Nous vous l’annoncions dans le point précédent : cet équipement permet également d’envoyer des informations. Il devient alors possible de communiquer des relevés à la fréquence souhaitée : chaque mois, semaine, jour, heure ou même en temps réel.

À noter que ce type d’appareil existe aussi bien pour l’eau, le gaz que l’électricité.

Pourquoi installer un compteur intelligent ?

Les compteurs intelligents permettent d’établir une facturation différenciée. Cela signifie que les tarifs varient en fonction de la demande en électricité. Si vous utilisez de l’énergie à des moments de la journée où la consommation est faible, vous profiterez de prix avantageux. En bref, il faut éviter les pics importants. En plus, la précision du compteur est telle que les plages horaires peuvent être adaptées à la minute près.

Ce compteur constitue également une aubaine pour les producteurs d’électricité verte. C’est votre cas ? Sachez alors qu’il vous permettra de revendre ce que vous réinjectez sur le réseau au meilleur prix selon les tarifs belges de l’électricité en temps réel. Toutefois, cette opportunité doit encore être négociée avec les fournisseurs d’énergie.

Des relevés plus précis et réguliers, ce sont aussi des avantages propres aux compteurs intelligents. Grâce à leur connectivité, il devient possible d’élaborer des factures basées sur vos consommations réelles. Les erreurs liées aux relevés manuels des compteurs analogiques sont ainsi contournées et surtout, vous pouvez garder à l’œil votre consommation. Dès que celle-ci vous semble élevée, à vous d’adopter les gestes adéquats pour la faire diminuer. Parfait pour réaliser des économies tout en réduisant vos émissions de CO2.

Le compteur intelligent synonyme de dangers ?

Le compteur intelligent comporte plusieurs inconvénients dont certains sont même qualifiés de dangereux par quelques associations. Faisons le point ensemble.

  • Pollution électromagnétique néfaste à terme : pour communiquer, les compteurs électriques utilisent le même type d’onde que celui des GSM. Les radiofréquences en question auraient même été classées par l’OMS dans la catégorie des « cancérogènes probables ». Cependant, il est difficile de réellement évaluer les dégâts pour la santé que génèrent ces technologies. Elles sont en effet encore trop récentes que pour avancer des données avec certitude ;
  • Atteinte à la vie privée : sans réglementation claire, il est certain qu’un pan de votre vie privée sera dévoilé. Les compteurs intelligents rassemblent des informations très détaillées concernant votre consommation d’énergie et inévitablement, celles-ci permettent de connaître beaucoup de choses sur les occupants d’un logement. Il est par exemple possible de savoir votre heure de réveil, le moment où vous prenez une douche, quand vous utilisez certains appareils, si vous êtes absent… En clair, votre mode de vie peut être décrypté rapidement. Pas très réjouissant… ;
  • Rentabilité et normes techniques : certains estiment le coût de cette technologie bien trop élevé par rapport aux économies qu’elle permet de réaliser. Ensuite, il faut établir des normes techniques précises. Les fabricants ne proposent pas tous des modèles fonctionnant de la même manière et cela empêche une bonne communication avec le système informatique commun.

La Belgique frileuse aux compteurs intelligents

En 2009, une directive européenne a déterminé plusieurs règles par rapport au développement des compteurs intelligents, dont leur vitesse de déploiement en Europe. Elle avait ainsi fixé qu’en 2020, 80 % des foyers européens devaient détenir un tel appareil.

Néanmoins, les pays concernés n’étaient pas obligés de respecter cette directive s’ils justifiaient leur refus en réalisant des études d’impact. Chaque État membre a donc été invité à rendre son analyse en 2012.

Dans le cas de la Belgique, les trois Régions avaient estimé qu’il n’était pas nécessaire de placer à chaque fois des compteurs intelligents d’ici à l’échéance fixée. Elles trouvaient davantage pertinent de plutôt choisir l’installation en fonction des besoins des consommateurs. Par ailleurs, leurs analyses démontraient qu’un déploiement important n’aurait pas été rentable. Selon elles, il aurait coûté plus qu’il n’aurait rapporté.

Mais pour l’Union européenne, les compteurs intelligents sont des outils intéressants pour consommer moins de gaz et d’électricité et diminuer les émissions de CO2. Elle essaie par conséquence d’inciter ses États membres à massivement les placer.

Pourquoi ne pas se plier à cette directive ?

Différentes raisons ont été évoquées par les Régions à l’époque :

  • Coût trop élevé des compteurs intelligents : de 350 à 500 € par appareil et facturés aux clients ;
  • Absence de format standard : la technologie n’était pas encore aboutie ;
  • Durée de vie des compteurs digitaux moins longue que celle des compteurs analogiques : en moyenne, 10 ans contre 30 ans ;
  • Problème de la confidentialité des données ;
  • Relevé en temps réel inutile pour la majorité des citoyens.

Il est par contre à noter qu’en Belgique, les très gros consommateurs d’électricité sont déjà équipés depuis une dizaine d’années de compteurs intelligents. Pour les particuliers, les choses bougent lentement mais ORES planifie de son côté leur installation en reprenant le modèle français « Linky ».

Le compteur intelligent en Europe

En Europe, les politiques en matière de placement des compteurs intelligents en sont à des stades très différents.

Concernant l’électricité, deux pays sont précurseurs dans l’installation de grande ampleur des compteurs intelligents : l’Italie et la Suède, où respectivement 90 et 99 % des clients finals étaient déjà équipés en 2014. Pour le gaz, seule l’Italie avait déjà mis en place un déploiement cette année-là.

Électricité

Chaque pays a mis au point une stratégie suivant les caractéristiques du marché de l’électricité. En général, l’objectif commun est d’augmenter l’efficacité énergétique et d’élever la fréquence des relevés de comptage.

Le schéma suivant vous indique l’état de déploiement des compteurs intelligents en électricité en Europe.

Le déploiement des compteurs électriques intelligents en Europe.
Sources : Benchmarking smart metering deployment in EU, Klaus-Dieter BORCHARDT Director – Internal Energy Market Directorate-General for Energy European Commission, 26 June 2014

Gaz

Les pistes de réflexion concernant le gaz sont moins abouties que celles menées pour l’électricité mais la politique de déploiement est tout de même lancée.

Projets par pays

En Allemagne

Le 9 février 2015, le ministère allemand de l’Économie a indiqué que seuls les gros consommateurs d’électricité seront équipés de compteurs intelligents. Sont donc concernés les foyers consommant plus de 6 000 kWh par an alors que la moyenne annuelle de consommation électrique des ménages allemands s’élève à 3 500 kWh. L’obligation d’installation s’applique donc à très peu de foyers. Pour justifier cette décision, le ministère a expliqué s’être basé sur une étude du cabinet d’audit EY (ex-Ernst & Young) qui précise que le placement généralisé de nouveaux compteurs n’a pas d’intérêt pour le consommateur.

Des réserves émises sur les compteurs intelligents qui peuvent surprendre quand on sait que l’Allemagne est habituellement friande de l’adoption de nouvelles technologies liées à l’énergie.

En France

En 2015, la loi sur la transition énergétique a été définitivement adoptée au Parlement. Ainsi, le pays a affirmé sa volonté de promouvoir une politique énergétique plus propre, plus durable et moins nucléarisée. Dans les mesures mises en place, se trouve celle relative au déploiement des compteurs intelligents. D’ici 2020, le pays a pour ambition de remplacer près de 35 millions de compteurs. Un renouvellement de grande ampleur qui s’inscrit dans l’objectif de permettre aux ménages de mieux suivre leur consommation et donc de réaliser des économies en identifiant les dépenses excessives.

Avant d’en arriver à l’adoption de cette loi, différentes étapes ont été nécessaires pour s’assurer de la pertinence des compteurs électriques. Il y a d’abord eu une phase d’expérimentation auprès de 300 000 foyers, suivie d’une phase de concertations entre les acteurs concernés (pouvoirs publics, gestionnaires de réseaux, fournisseurs, associations de consommateurs…) et enfin, un appel d’offre.

Aujourd’hui, « Linky », le compteur intelligent pour l’électricité, et « Gazpar », celui pour le gaz, sont donc déployés dans les logements français malgré quelques réticences évoquées.

Au Luxembourg

Comme en France, les députés ont donné leur accord pour débuter l’installation des compteurs intelligents. Depuis juillet 2015, ce type d’appareil est placé pour tout nouveau contrat de fourniture d’électricité et de gaz souscrit. Pour les contrats signés avant cette date, Creos, le gestionnaire de réseaux d’électricité et de gaz luxembourgeois, a annoncé que « 95 % des compteurs électriques devront être remplacés pour le 31 décembre 2019 et 90 % des compteurs gaz pour le 31 décembre 2020 ». Coût des remplacements : 60 millions d’euros à la charge des gestionnaires de réseaux électriques et de fourniture de gaz.

Aux Pays-Bas

L’expérience des compteurs intelligents ne s’y est pas déroulée comme prévu. Les problèmes rencontrés ont même obligé les autorités à revoir le projet de loi. Dans la première version du texte, en 2007, les citoyens n’avaient pas leur mot à dire. L’installation leur était imposée, tout comme la relève des index toutes les heures ou quarts d’heure. Une fréquence qui portait atteinte à la vie privée et qui n’a pas tardé à provoquer la colère des Néerlandais. Parallèlement, le prix de location du compteur s’est envolé d’une manière disproportionnée sans compter les lourdes sanctions qui pesaient sur le citoyen en cas de refus de collaboration. S’il contestait, il pouvait recevoir une amende de 16 500 € ou encourir une peine de 6 mois de prison.

Face à la situation, les associations de consommateurs ont fait leur travail et ont contraint en 2010 le Parlement à modifier le projet de loi. Aujourd’hui, les esprits sont apaisés et le compteur intelligent est déployé massivement dans le pays.

Reste à savoir sur qui prendra exemple la Belgique. Mais les associations de protection du consommateur devraient également monter au créneau si notre pays venait à son tour à nous imposer le compteur intelligent et à nos frais. C’est du moins à espérer.

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