La Belgique taxera-t-elle bientôt les émissions de CO2 ?

Pour réduire les émissions de CO2, la Belgique envisage de taxer le carbone. © Pixabay

Pour l’instant, émettre du CO2 est gratuit en Belgique. Mais cela risque de bientôt changer car il est dorénavant question d’introduire une taxe sur le carbone. Notre pays va-t-il enfin suivre les recommandations des grandes organisations internationales ?

Depuis plusieurs années, la pollution est dans la ligne de mire de nombreux intervenants. Le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, l’OCDE, la Commission européenne, le Bureau du Plan… Tous ont suggéré à notre pays de changer sa politique environnementale en fixant un prix du carbone. Pourtant, jusqu’à aujourd’hui, il semblait faire la sourde oreille tant le sujet est délicat.

Rien ne présageait donc l’ouverture du débat qui s’est engagé ce mercredi 25 janvier à Bruxelles à l’initiative de la ministre fédérale de l’Environnement, Marie-Christine Marghem. Au programme : des échanges entre économistes, experts, entreprises, ONG, syndicats et administrations de différents niveaux de pouvoir. Comptez une année avant qu’ils ne formulent différentes propositions destinées à élaborer le système le plus efficace possible.

Si ce début de travail a de quoi enthousiasmer, des sceptiques rappellent toutefois que l’idée d’une taxe carbone n’a pas été évoquée dans la déclaration gouvernementale. Par conséquent, il n’est pas certain que ces réunions aboutissent à la mise en place de mesures concrètes. Pourtant, ces dernières sont nécessaires pour que la Belgique réussisse sa transition énergétique.

Pourquoi instaurer une tarification du carbone ?

Donner un prix au carbone comporte moult avantages. Certains pays l’ont d’ailleurs très vite compris comme par exemple la France, le Portugal, la Finlande, la Suisse et l’Irlande. Sans oublier la Suède qui a introduit une taxe en cette faveur en 1991, lui permettant de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 25 %.

Lors d’un colloque organisé pour le lancement de ce débat national, Marie-Christine Marghem a d’ailleurs confirmé que taxer le dioxyde de carbone nous donnerait l’occasion de suivre cette tendance. Et pas seulement !

« Cela créerait des emplois, notamment grâce à un glissement fiscal, améliorerait à terme l’indépendance énergétique du pays, stimulerait l’innovation et contribuerait à réduire la pollution de l’air ».

Cela n’a en fait rien de réellement étonnant quand on sait que la consommation de gaz, de pétrole et de charbon a un impact négatif autant sur les Hommes que sur l’environnement.

Pour rappel, dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat entré en vigueur fin 2016, la Belgique est invitée à diminuer ses émissions de GES de 80 à 95 % d’ici 2050 par rapport au niveau de 1990. Il y a donc fort à faire étant donné que pour le moment, plus de 60 % de nos émissions ne sont pas concernées par une tarification du carbone. Quant aux 40 % restants, ils sont protégés par le système européen d’échange de quotas d’émissions de CO2 (EU ETS). Celui-ci permet, notamment aux producteurs d’énergie et à une grande partie de l’industrie, d’acheter ou de vendre leur « droit à polluer ». Malheureusement, il ne les incite pas suffisamment à réduire leurs émissions car le prix actuel de la tonne de C02 est bien trop faible.

Les carburants et le chauffage plus chers

Appliquer une taxe au carbone ne se fait pas d’un claquement de doigt. La preuve en est avec les nombreuses questions qui se posent notamment sur le fonctionnement d’une telle tarification. Thierry Brechet, économiste à l’UCL, a ainsi confié au journal Le Soir qu’elle doit bénéficier d’une visibilité importante.

« Il faut qu’elle soit visible. C’est politiquement socialement important. Il est important que celui qui paie la taxe comprenne pourquoi ».

Ensuite, il faut déterminer la forme qu’elle prendra. Elle pourrait se rapprocher du système français et augmenter peu à peu, consister en une accise ou en une extension de la taxe kilométrique aux voitures. Autrement dit, la taxe carbone devrait a priori surtout toucher le secteur du transport et de la logistique. De quoi mécontenter les personnes y évoluant, estimant qu’elles passent déjà suffisamment à la caisse, ainsi que les particuliers lorsqu’ils iront faire le plein d’essence à la pompe. L’administration fédérale a en effet annoncé une augmentation des prix au Soir.

« Un prix de 30 euros la tonne de CO2 conduirait à une hausse de 8 cents du diesel et de 7 cents de l’essence ».

En outre, taxer le carbone aura également un impact sur les combustibles de chauffage d’origine fossile. Attendez-vous à devoir mettre la main au portefeuille lorsque le moment sera venu de remplir votre cuve à mazout. Reste à voir si cela ne renforcera pas les inégalités entre les plus pauvres et les plus riches étant donné que les moins bien lotis dépensent généralement plus d’argent pour se chauffer correctement. Si tel est le cas, il faudra alors prévoir des mesures permettant de compenser les effets de cette tarification.

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