Le gaz naturel coûte-t-il plus cher en Belgique qu’ailleurs ?

La facture des consommateurs belges de gaz est loin d'être la plus élevée en Europe. © iStock

En tant qu’utilisateur de gaz, vous aimeriez savoir si vous profitez de prix attractifs ou non. Normal quand votre consommation vous coûte plusieurs centaines d’euros par an. Sûrement le savez-vous, pour réduire votre facture, vous pouvez changer de fournisseur. Ou pour les plus aventureux, de pays ? Peut-être bien !

Parfois, se comparer aux autres a du bon. Sera-ce le cas en étudiant les prix du gaz en Belgique et dans les pays voisins ? Résolvons rapidement ce mystère en nous basant sur les données publiées par Eurostat, l’Office statistique de l’Union européenne.

La période de référence sera l’année 2007, coïncidant avec le moment où le marché énergétique belge a été entièrement libéralisé. Elle nous permettra ainsi de connaître l’évolution des prix sachant que l’ouverture à la concurrence avait pour objectif de les diminuer. Mais qui a dit que la pratique rejoignait toujours la théorie ?

Le gaz naturel en Belgique vs en Europe

Les prix du gaz communiqués par Eurostat et repris dans les tableaux ci-dessous concernent la tranche de consommation D2. C’est-à-dire une consommation supérieure à 5 et inférieure à 50 MWh PCI par an (5 555 kWh < consommation < 55 555 kWh). Cette fourchette nous convient car elle englobe la consommation de gaz d’un client domestique type pour la cuisson et le chauffage en Belgique. Soit 23 260 kWh/an d’après la Creg, le régulateur fédéral de l’énergie.

Taxes et prélèvements inclus

À quel point le montant de notre facture finale se différencie-t-il de celui des autres pays ? Plus précisément, de l’Allemagne, de la France, du Luxembourg, des Pays-Bas et du Royaume-Uni.

Prix moyen du kWh de gaz (€/kWh), taxes et prélèvements compris – Données Eurostat
Pays S2 2007 S1 2016 Variation en 9 ans
Allemagne 0,0613 0,0661 + 7,83 %
Belgique 0,0500 0,0547 + 9,4 %
France 0,0515 0,0650 + 26,21 %
Luxembourg 0,0364 0,0454 + 24,72 %
Pays-Bas 0,0707 0,0779 + 10,18 %
Royaume-Uni 0,0357 0,0553 + 54,90 %

Le constat est clair : en 9 ans, le prix du gaz, taxes et prélèvements compris, a grimpé dans tous les pays analysés. Les plus à plaindre sont sans aucun doute les consommateurs britanniques qui ont dû supporter une hausse de 54,90 %. Un chiffre impressionnant par rapport au 7,83 % signalés chez nos voisins de l’est où des gisements gaziers sont présents mais dont les réserves sont en voie d’épuisement. Cependant, si les Allemands n’ont pas connu une forte inflation, ils payaient au premier semestre 2016 leur gaz à un prix élevé. Faute à une taxation importante.

Par rapport à ses voisins, la Belgique se distingue positivement : les coûts du gaz y sont plus abordables et leur évolution a été plus favorable. D’ailleurs, notre pays était le deuxième État le moins cher au premier semestre 2016. Néanmoins, les utilisateurs belges n’ont pas vu leur facture se réduire. Dans le rôle des coupables, le tarif de réseau de distribution, les prélèvements publics et les taxes. Tous ont augmenté depuis la libéralisation ! Parfois de façon considérable comme la Creg le fait remarquer pour les prélèvements publics dans une étude de mars 2016 : + 478,56 % entre janvier 2007 et décembre 2015. Un chiffre qui s’explique notamment par la hausse de la cotisation fédérale, de la surcharge clients protégés et par l’apparition d’une nouvelle taxe en Wallonie et à Bruxelles.

Hors taxes et prélèvements

Si notre facture de gaz a grimpé, peut-être est-ce seulement dû aux divers prélèvements ? La question est naïve mais vérifions tout de même si l’apparition de nouveaux fournisseurs sur le marché a été avantageuse pour les consommateurs.

Prix moyen du kWh de gaz (€/kWh), taxes et prélèvements exclus – Données Eurostat
Pays S2 2007 S1 2016 Variation en 9 ans
Allemagne 0,0456 0,0496 + 8,77 %
Belgique 0,0401 0,0415 + 3,49 %
France 0,0439 0,0503 + 14,57 %
Luxembourg 0,0314 0,0393 + 25,15 %
Pays-Bas 0,0437 0,0375 – 14,18 %
Royaume-Uni 0,0340 0,0527 + 55 %

D’après les prix du kWh de gaz, tous les opérateurs ont pratiqué en moyenne des tarifs plus élevés depuis 2007.

Une nouvelle fois, le Royaume-Uni a dû faire face à la plus forte variation. Celle-ci ne passe pas inaperçue puisqu’elle place directement le pays à la tête du classement des États les plus chers au premier semestre 2016. Au contraire, les Pays-Bas font bonne figure en présentant en 2016 le coût le plus accessible. D’ailleurs, seuls les opérateurs néerlandais ont pratiqué en moyenne des tarifs plus attractifs depuis 2007.

À savoir que le Royaume-Uni est historiquement marqué par son activité de production de gaz. Cependant, à cause de l’épuisement des gisements en mer du Nord, il est obligé d’importer de plus en plus de gaz naturel afin de satisfaire la demande des foyers.

Concernant la Belgique, elle occupe une position moyenne. Parmi les six pays figurant dans le tableau, elle est le troisième à proposer le prix le plus alléchant pour la seconde période. Quant à l’évolution des coûts, elle se situe encore sous la barre des 10 %. Un résultat que peuvent nous jalouser plusieurs de nos voisins.

Les autres sources d’énergie moins chères ?

Par rapport à la plupart de ses pays voisins, la Belgique propose un prix du gaz intéressant. Cependant, cela ne signifie pas pour autant que cuisiner et se chauffer avec ce combustible est le plus économique. D’autres énergies existent sur le marché et sont d’ailleurs achetées par les ménages belges : les pellets de bois, le gasoil de chauffage (mazout), le butane et le propane. Bien entendu, nous consommons également de l’électricité.

L’APERe, l’Association pour la Promotion des Énergies renouvelables, tient régulièrement à jour un observatoire des prix de l’énergie en Belgique. Tous les trois mois, elle actualise ainsi un graphique portant sur l’évolution des prix courants de différentes sources. Pour l’instant, celui-ci couvre la période de janvier 2011 à avril 2016. Soit environ cinq années qui nous permettent de profiter d’une analyse à moyen terme.

Évolution des prix de l'énergie achetée par les ménages ces 5 dernières années. Valeur à monnaie courante. Source CREG, SPF économie, ValBiom ; Graphe APERe.
Évolution des prix de l’énergie achetée par les ménages ces 5 dernières années. Valeur à monnaie courante. Source CREG, SPF économie, ValBiom ; Graphe APERe.
Prix en avril 2016*
Énergie Précisions Prix TVAC Prix TVAC c€/kWh (selon PCS)
Bois Pellet (vrac, minimum 4 t) 243 €/t** 4,9
Pellet (sac) minimum 1 palette 975 kg 266 €/t** 5,3
Gasoil chauffage Livraison supérieure à 2 000 l 0,44 €/l 4,1
Propane
Butane
Propane vrac 0,40 €/l 5,5
Butane bouteille 1,40 €/kg 9,4
Gaz naturel Marché en Wallonie 5,7
Marché en Région bruxelloise 4,9
Marché en Flandre 4,5
Électricité
Mono-horaire
Marché en Wallonie 23,8
Marché en Région bruxelloise 19,3
Marché en Flandre 29,4

* Sources citées par l’APERe :

              • Pour le gaz naturel et l’électricité, l’indicateur de prix est la moyenne calculée par la Creg pour des consommations standards :
                • Gaz naturel : 23 260 kWh (PCS) ;
                • Électricité (simple comptage – 13/18 kVA) : 3 500 kWh.
              • Pour le bois, l’indicateur de prix est une moyenne, calculée par la ValBiom basée sur le PCI, incluant une livraison à proximité.
              • Pour les produits pétroliers, les valeurs suivies chaque mois sont les prix maximaux définis par le SPF Economie divisées par le PCS et incluant la livraison.

Vous trouverez la définition des sigles PCI et PCS dans la section « Précisions méthodologiques ».

**L’APERe précise que pour le bois, les prix d’avril 2016 sont indicatifs. Les tarifs indiqués sont ceux de juin 2015 « dans l’attente des chiffres de l’enquête de la ValBiom ».

Quelles sont les tendances ?

L’APERe s’est intéressée aux taux de croissance annuel moyen (TCAM) afin de définir la tendance des 12 derniers mois et des 5 dernières années des différents prix.

1. Le bois

D’après des données obtenues par la ValBiom, les combustibles bois bénéficient de tendances d’évolution assez stables. Les coûts des pellets ont pour caractéristique d’augmenter légèrement à l’automne et de baisser à la fin de l’hiver. En raison de la douceur de l’hiver 2015, cette diminution est facilement observable cette année.

Entre 2011 et 2016, le TCAM s’est élevé à +0,8 %. Autrement dit, durant cette période, le prix du bois a augmenté chaque année en moyenne de 0,8 %. Une croissance minime.

2. Le gasoil

Le prix du gasoil de chauffage fluctue régulièrement car il dépend des cours internationaux du pétrole brut et du dollar. Eux-mêmes variant en fonction des événements géopolitiques.

À partir de janvier 2014, le cours du pétrole a commencé à s’effondrer. Résultat, deux ans plus tard, le prix du baril ne valait plus que 30 $/bl contre environ 100-120 $/bl entre 2011 et 2014. Au mois d’avril 2016, il avait cependant grimpé à 40 $/bl.

Par conséquent, le TCAM de l’année dernière (2015-2016) s’élève à -42 % tandis qu’il remonte à -10,5 % pour la période 2011-2015. En profitant de ce genre d’occasion pour remplir votre cuve, vous réaliserez de belles économies !

3. Le gaz naturel

En Belgique, les prix du gaz naturel varient en fonction de votre région et des GRD. Alors que la moyenne belge se situait à 5,0 c€/kWh en avril 2016, celle de la Wallonie était à 5,7 c€/kWh, de la Flandre à 4,5 c€/kWh et de Bruxelles à 4,9 c€/kWh.

Sur la base des informations fournies par la Creg, il apparaît dans le graphique que le coût du kWh de gaz naturel devient de moins en moins élevé depuis fin 2012. La raison ? Une évolution favorable des prix de gros.

Sans surprise, la tendance annuelle 2015-2016 est donc à la baisse (-9,7 % en Wallonie et -15,4 % à Bruxelles). Tout comme celle de ces 5 dernières années : -2,9 % en Wallonie et -5,7 % à Bruxelles.

4. L’électricité

La Belgique est non seulement plus chère pour l’électricité que plusieurs de ses voisins européens mais elle pratique aussi des prix différents au sein de ses régions. Si vous habitez en Flandre, en Wallonie ou en Région de Bruxelles-Capitale, vous ne paierez en effet pas le même montant. En avril 2016, c’était par exemple la Flandre qui présentait les prix unitaires les plus hauts. Mais le lieu de votre logement n’est pas le seul élément influençant les tarifs de l’électricité. Il en va de même pour les GRD, via la composante réseau de votre facture, et votre profil de consommateur.

Pour réaliser le graphique repris ci-dessus, l’APERe a retenu les données de la Creg valables pour un ménage de 4 personnes consommant chaque année 3 500 kWh. Vous remarquerez plusieurs sauts de prix dont celui d’avril 2014. Commun aux trois régions, il correspond au changement de régime TVA (6 % au lieu de 21 %). Ensuite, cette taxe est repassée à 21 % en septembre 2015, d’où la hausse constatée.

D’après l’APERe, le TCAM pour 2015-2016 est de 19,2 % en Wallonie et 13,6 % à Bruxelles. Une différence notable avec celui des 5 années précédentes, synonymes de régression : -2,3 % en Wallonie et – 6,9 % à Bruxelles.

Que retenir ?

Le gaz naturel constitue-t-il la meilleure alternative pour économiser sur votre facture de chauffage ? Il semblerait que pas toujours.

Par rapport à l’électricité, il est certain que ce combustible est meilleur marché au vu de leurs prix du kWh dans les trois régions du pays. Recalés également, le butane et le propane bien qu’ils bénéficient de TCAM intéressants. Par exemple, le prix du propane a diminué en moyenne chaque année, entre 2011 et 2016, de -10,4 %. À l’avenir, son utilisation peut être une réelle aubaine pour payer moins cher.

Si vous disposez d’un poêle ou d’une chaudière à pellets et habitez en Wallonie, vous gagnerez par contre sans doute quelques euros. Attention toutefois à la qualité du bois ! Pour vous assurer du bon rendement de votre appareil, soyez notamment attentif au pouvoir calorifique et au taux d’humidité du pellet. Par ailleurs, en avril 2016, le prix du kWh des bûches (refendu 33, séchées sous abri 1 an) était très attractif : 4,0 c€/kWh. Soit moins que les pellets et le gaz naturel.

Reste le mazout de chauffage. Avec un prix du kWh à peine plus élevé que le pellet (4,1 c€), il s’en sort très bien. D’autant plus que globalement, il ne cesse de coûter moins cher depuis ces dernières années. Un atout qui relègue pour le moment le gaz naturel au coin des mauvaises affaires.

Précisions méthodologiques

Vous ignorez la signification de PCI et PCS ? Vous êtes alors au bon endroit !

Ces deux sigles sont les acronymes de « pouvoir calorifique inférieur » et « pouvoir calorifique supérieur ».

Le pouvoir calorifique représente la quantité d’énergie dégagée par la combustion complète d’un élément (charbon, bois, gaz…). Il permet notamment de mesurer le rendement d’une chaudière à gaz : plus l’installation récupère la chaleur libérée par le combustible, plus son rendement est élevé.

Le PCI indique la quantité de chaleur produite lors de la combustion d’une unité. Les chaudières ne transmettent à l’eau qu’une partie de l’énergie délivrée par le combustible. Le reste de chaleur, conservé sous forme de vapeur d’eau, n’est pas pris en compte.

Au contraire, le PCS mesure l’énergie dégagée par la combustion en incluant la chaleur latente de la vapeur d’eau produite par la réaction chimique.

Pour réaliser sa comparaison des prix par kWh, l’APERe s’est basée sur la valeur du PCS. Tout simplement parce que c’est ce dernier qu’utilisent les régulateurs du marché pour le gaz naturel.

Combustible PCI PCS
Bois pellets 5 kWh/kg
Gasoil 9,95 kWh/l 10,64 kWh/l
Propane 6,76 kWh/l 7,279 kWh/l
Butane 13,75 kWh/kg 14,95 kWh/kg
Gaz naturel pauvre (L) mesuré chaque mois par les GRD 10,1-10,4 kWh/Nm³
Gaz naturel riche (H) mesuré chaque mois par les GRD 11,1-11,9 kWh/Nm³

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