Les Belges paient-ils plus cher l’électricité que leurs voisins ?

L'électricité a pour réputation d'être chère en Belgique mais sommes-nous réellement moins bien lotis que nos voisins européens ? Crédit : Pixabay

Nous entendons souvent dire que l’électricité est chère en Belgique. Chère par rapport à nos voisins européens et particulièrement à la France. Mais est-ce vrai ? Avons-nous raison de nous montrer excédés lorsque nous découvrons le montant de notre facture d’énergie ? Nous allons vite le savoir et ce, grâce aux données publiées par l’institut Eurostat.

Payer l’énergie que nous consommons, nous ne pouvons y échapper. Mais la payer à un coût toujours plus élevé peut susciter quelques frustrations. Des signes de mécontentement qui se comprennent facilement entre l’augmentation des taxes qui pèsent sur notre facture d’électricité et l’évolution du prix du kWh.

En Belgique, la libéralisation complète du marché date de janvier 2007. Censée baisser les tarifs grâce au développement de la concurrence, elle n’a finalement pas apporté satisfaction à ce niveau. Preuve en est avec les chiffres publiés par la Creg, le régulateur fédéral de l’énergie.

Dans son rapport de mars 2016, il nous apprend que le prix final (toutes taxes incluses) de l’électricité payé par les clients domestiques a haussé en moyenne de 44,09 % entre janvier 2007 et décembre 2015. C’est un fait, nous devons donc davantage mettre la main au portefeuille qu’auparavant. Mais ce constat est-il aussi valable chez nos voisins européens ? Analysons la situation sur base des données fournies par Eurostat, l’Office statistique de l’Union européenne.

Que révèlent les statistiques ?

L’état des lieux est dressé sur base d’une consommation électrique annuelle comprise entre 2 500 kWh et 5 000 kWh, correspondant aux ménages de taille moyenne. Il indique les prix moyens facturés aux consommateurs finals -tous prélèvements et taxes compris- au premier semestre 2016.

Les pays les plus chers

En tête des pays les plus chers arrive le Danemark avec 30,88 centimes du kilowattheure (c€/kWh). Vient ensuite l’Allemagne dont le coût moyen de l’électricité atteint 29,69 c€/kWh. Pour compléter ce podium des mauvais élèves, la Belgique prend la troisième place avec un tarif de 25,44 c€/kWh.

Nous occupons donc une position peu flatteuse alors que nous étions sixième durant le second semestre 2007. À l’époque, nous devions payer dans les alentours de 16,83 c€/kWh. Un écart dû à diverses augmentations, dont celle des tarifs des réseaux de transport et de distribution, des prélèvements publics et des taxes. Autrement dit, difficile pour les consommateurs d’échapper à l’envolée de leur facture d’électricité.

Là où l’électricité est abordable

Au contraire des pays précédemment cités, d’autres proposent des tarifs bas. Parmi les 28 États membres de l’Union européenne, c’est la Bulgarie qui est la moins chère avec 9,56 c€/kWh. Elle est talonnée par la Hongrie (11,14 c€/kWh) et l’Estonie (12,08 c€/kWh). Les différences de prix, parfois très importantes par rapport à d’autres endroits, ne sont pas étrangères au niveau de vie et aux salaires plus faibles dans ces régions du continent européen.

Évolution des prix entre 2007 et 2016

Taxes et prélèvements inclus

Au premier semestre 2016, notre pays était moins onéreux que le Danemark et l’Allemagne. Mais quelle était sa position par rapport à nos autres voisins ? Pour la connaître, incluons dans notre comparaison la France, le Luxembourg, les Pays-Bas ainsi que le Royaume-Uni.

Prix moyen du kWh d’électricité (€/kWh), taxes et prélèvements compris – Données Eurostat
Pays S2 2007 S1 2016 Variation en 9 ans
Allemagne 0,2105 0,2969 + 41,04 %
Belgique 0,1683 0,2544 + 51,15 %
Danemark 0,2401 0,3088 + 28,61 %
France 0,1222 0,1694 + 38,62 %
Luxembourg 0,1645 0,1698 + 3,22 %
Pays-Bas 0,1741 0,1620 – 6,95 %
Royaume-Uni 0,1481 0,1951 + 31,73 %

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 9 ans, les différents pays ont tous subi une augmentation, excepté les Pays-Bas. Ce sont nous, les Belges, qui avons connu la plus forte.

En 9 ans, nous avons donc vu croître notre budget énergie de façon importante. Sur ce dernier point, nos amis les Français pourraient relativement en dire autant. Sauf que s’ils ont évidemment dû ressentir l’inflation, ils continuent de bénéficier de prix de l’électricité attractifs.

D’ailleurs, notre pays est le troisième État sur les 7 à proposer le prix au premier semestre 2016 le plus élevé. Pourtant, depuis l’ouverture du marché de l’énergie partout en Belgique, nous, consommateurs, devrions profiter de tarifs plus bas qu’auparavant. Mais le prix du kWh d’électricité, soit le seul élément fixé par notre fournisseur d’énergie, a-t-il réellement basculé en notre faveur ? C’est à cette question que nous allons à présent nous intéresser.

Hors taxes et prélèvements

Prix moyen du kWh d’électricité (€/kWh), taxes et prélèvements exclus – Données Eurostat
Pays S2 2007 S1 2016 Variation en 9 ans
Allemagne 0,1279 0,1388 + 8,52 %
Belgique 0,1286 0,1567 + 21,85 %
Danemark 0,1027 0,0942 – 8,27 %
France 0,0924 0,1095 + 18,50 %
Luxembourg 0,1442 0,1327 – 7,97 %
Pays-Bas 0,1289 0,1206 – 6,43 %
Royaume-Uni 0,1411 0,1859 + 31,75 %

Chez nous, le constat est clair : le développement de la concurrence n’a pas permis de diminuer notre facture d’électricité. Au contraire, le coût moyen du kWh a même augmenté de plus de 20 % en 9 ans !

Entre janvier et juin 2016, il s’élevait en moyenne à 15,67 c€/kWh. Un montant supérieur à celui pratiqué chez la plupart de nos voisins et qui nous classe juste derrière le Royaume-Uni. Cependant, les autres pays ne sont pas en reste puisqu’ils ont également subi une inflation. Sauf les Pays-Bas et le Luxembourg sont tout de même parvenus à inverser la tendance.

La production d’électricité en Europe

Depuis 2007, les prix de l’électricité en Europe sont à la hausse. Un constat accablant mais qui ne nous permet pas de comprendre de prime abord pourquoi nous payons plus cher. L’une des raisons pourrait se cacher au sein du mix énergétique propre à chaque pays.

En Europe, l’électricité consommée provient de plusieurs sources de production. Celles-ci se différencient d’un État à l’autre, notamment en fonction du climat. Mais dans quelle mesure interviennent-elles à l’échelle du « Vieux Continent » ? Pour le découvrir, utilisons les données fournies par les membres de l’ENTSO-E pour l’année 2015 et publiées sur le site de l’association. À noter que cette dernière représente 42 gestionnaires de réseau de transport d’électricité de 35 pays à travers l’Europe.

Au sein de l’ENTSE-O, la production d’électricité à partir des énergies fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon) a augmenté de 1,1 % entre 2014 et 2015. Par contre, l’hydraulique a chuté de 6,5 % en raison de la faible pluviométrie. Cette tendance à la baisse a également été constatée du côté du nucléaire.

Pour compenser ces différentes diminutions, les énergies renouvelables ont pris le relais. On note ainsi une augmentation de leur production (+ 17,3 %), notamment grâce à l’éolien et au solaire dont les parts ont haussé respectivement de 3,1 % et 24,6 %.

Énergie produite en 2015 en Europe. Source : "L'électricité en Europe en 2015", Synthèse de la consommation, de la production et des échanges d'électricité au sein de l'ENTSO-E.
Énergie produite en 2015 en Europe. Source : « L’électricité en Europe en 2015 », Synthèse de la consommation, de la production et des échanges d’électricité au sein de l’ENTSO-E.

Autre point significatif : la puissance installée. En 2015, les sources d’énergie renouvelable ont crû de 20 GW (+ 8,6 % par rapport à 2014) et représentaient 25,1 % de la puissance installée totale de l’ENTSO-E.

Répartition des sources de production par pays

Concernant la production d’électricité par pays en 2015, certains États se distinguent par leur part importante d’hydraulique. C’est ainsi le cas de la Norvège (95,9 %), de l’Islande (74,5 %) et de l’Autriche (63,8 %). À titre de comparaison, celle de la Belgique n’atteint que 2,1 %.

Par contre, pour le nucléaire, notre score est plus élevé. Malgré une diminution de notre production en raison de la fermeture temporaire de certains réacteurs, nous y tirions notre énergie électrique à 37,6 % (contre 47,4 % en 2014). Soit plus que les Pays-Bas (3,9 %), l’Allemagne et le Royaume-Uni. Parmi les pays limitrophes au nôtre, seule la France nous dépasse avec 76,3 % !

Grâce aux données récoltées par l’ENTSO-E, nous apprenons que la part des énergies fossiles dans la production électrique a baissé dans tous les pays européens. Pourquoi ? Grâce au développement des énergies renouvelables et à l’arrêt de certaines centrales thermiques jugées non conformes aux normes environnementales en vigueur. Par contre, en 2015, la production issue d’énergies fossiles a augmenté notamment en raison de la baisse de la production hydroélectrique et nucléaire.

En Belgique, 40 % de l’électricité a été obtenue à partir des énergies fossiles en 2015. Un chiffre bien supérieur à celui de la France (6,2 %). D’ailleurs, cette dernière fait partie des pays à utiliser le moins ce type de sources avec la Suède, la Norvège et la Suisse.

Pour en venir aux énergies renouvelables, l’Allemagne, l’Espagne et la Grande-Bretagne ont assuré 57 % de la production éolienne totale de l’ENTSO-E. Les deux premiers, accompagnés cette fois de l’Italie, représentent également 71 % de la production totale d’électricité à partir du solaire.

Plus globalement, les pays scandinaves et ceux situés dans les Carpates ainsi que dans la chaîne transalpine ont produit le plus d’électricité à partir de sources renouvelables en 2015. Cette année-là, l’électricité provenant de sources vertes a couvert 31,8 % de la consommation totale de l’ENSTO-E.

Part de la consommation électrique couverte par les énergies renouvelables en 2015 en Europe
Source : « L’électricité en Europe en 2015 », Synthèse de la consommation, de la production et des échanges d’électricité au sein de l’ENTSO-E.

Quelles conclusions tirer ?

Difficile de nier la corrélation entre la production d’énergie propre et le prix de l’électricité. Par exemple, au sein de l’UE, l’Allemagne et le Danemark sont les plus chers, taxes et prélèvements inclus. Mais ils appliquent aussi tous les deux une politique très verte et n’ont pas tardé à mettre en place leur transition énergétique. Par exemple, le Danemark a construit, et continue de le faire, de nombreuses éoliennes. Résultat, elles fourniront bientôt la moitié de l’électricité consommée dans le pays. Quant à l’Allemagne, elle prévoit d’être totalement dépendante des énergies renouvelables d’ici 2050. Un objectif louable qui lui impose cependant de prélever des sommes importantes aux consommateurs afin de financer les installations nécessaires.

Et la Belgique alors ? Que le coût moyen de l’électricité englobe les taxes et prélèvements ou non, nous nous retrouvons à chaque fois dans le haut du classement. De plus, dans les deux configurations, le prix a augmenté de façon importante entre 2007 et 2016.

Concernant l’évolution de la composante énergie, elle est notamment liée à l’incertitude sur la disponibilité de notre parc nucléaire. En effet, dès que les réacteurs Doel 3 et Tihange 2 ont été arrêtés pour la première fois en 2012, le prix de l’électricité sur le marché de gros a fluctué. Un écart a alors commencé à se former entre la Belgique et ses voisins, et celui-ci s’est davantage creusé lorsque Doel 3 et Tihange 2 ont été stoppés pour la deuxième fois en mars 2014. Mais depuis la relance totale des réacteurs nucléaires vers octobre-novembre 2015, le prix de l’électricité a baissé sur le marché de gros.

Malheureusement, les années à venir devraient peu laisser souffler les consommateurs belges. En effet, le plat pays doit investir des montants colossaux dans son parc de production électrique. Non seulement pour être capable de répondre à la demande d’électricité et aux objectifs européens en matière d’énergie renouvelable mais aussi pour remplacer les unités devenues vétustes.

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One thought on “Les Belges paient-ils plus cher l’électricité que leurs voisins ?

  1. Max dit :

    Merci pour toutes ces bonnes infos :) L’énergie verte a tout de même le vent en poupe.

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